théâtre
mardi 8 + mercredi 9 juillet / 20h
jeudi 10 + vendredi 11 juillet / 23h
montévidéo
durée 40 minutes
mon képi
blanc
hubert colas
compagnie diphtong
Traversée de l’univers de la Légion par la voix d’un soldat, bouleversée
et bouleversante.
Dans un écrin de velours rouge aux airs de cabaret,
un soldat raconte, chante son exil. Dérisoire petit pantin dans sa boîte à théâtre, comique, navrant et attendrissant tout à la fois, il aboie aussi
ses convictions, ou plutôt celles qu’on lui a enfoncées dans le crâne. Raide comme un piquet, au garde-à-vous, cerné de microphones comme
un grand orateur, il laisse seule sa bouche s’agiter pour que s’expriment
par flots de mots, la guerre, la résignation, la témérité, l’aveuglement.
Dans sa bouche, immense gouffre, résonnent l’errance et
l’endoctrinement des légionnaires, répétant à coups de cris féroces
ce qu’on leur dicte, de chants militaires en devises de guerriers…
Sa bouche, cratère d’un volcan en éruption, déverse une lave d’émotions
enfouies qui, à peine jaillies, durcissent au contact de l’air en une forme
de slam. Corps immobile ou gestes mécaniques, regard fixe et hagard,
son enracinement aléatoire dit surtout la perte. Ici pourrait être ailleurs.
Cahotant entre rire et malaise, le saisissement du spectateur doit
beaucoup à l’excellent comédien Manuel Vallade, l’un des acteurs-phares
de la compagnie d’Hubert Colas, capable de brailler "je dis affirmatif"
(lointain écho du "Sir ! Yes, Sir !" de Full Metal Jacket ?) une centaine
de fois jusqu’à complet épuisement de ses muscles zygomatiques…
Et au plus grand plaisir des nôtres ! Un véritable sport vocal !
Il repose aussi sur la pertinence du dispositif dramaturgique de Colas,
simple, drôle, efficace : mettre en scène le légionnaire en civil, "planqué",
"camouflé" derrière son bosquet de micros à pieds, et faire porter képi
et fanions au moniteur télé qui retransmet en direct son portrait en plan
américain. Quand il claironne, vante "leurs" frasques, quand il énumère "leurs" règles d’or ("règle numéro 2 : on ne dit pas une fanfare, on dit
une musique. Dans la fanfare, y a pas d’harmonie."), les modulations
de sa voix en disent plus long que les mots. Comme il dit, plus que ce
qu’il dit. Le dit ne fait que trahir le non-dit. Mot caillou, le "on" scande
le texte de Sonia Chiambretto. Car les képis blancs ne sont plus des
individus, mais les organes d’un groupe. Venant de toutes origines,
ils inventent leur langue à eux, sentimentale et imagée, qui se resserre
autour d’un patrimoine commun, le chant de la peur, de la renonciation,
mais aussi de l’espoir et du rêve.
D’un sujet délicat, Sonia Chiambretto fait un petit bijou, à parti
de la matière sonore de la langue du soldat, qu’elle appelle "langue
française étrangère".

Tarifs
tarif unique

6 €
marseille, france
texte sonia chiambretto / mise en scène + scénographie hubert colas / avec manuel vallade / lumières encaustic, pascale bongiovanni, hubert colas / vidéo patrick laffont / assistante mise en scène sophie nardone / régie générale nicolas marie
mon képi blanc est édité chez inventaire-invention l’arche éditeur est l’agent théâtral
production diphtong cie avec le soutien de montévidéo mon képi blanc a bénéficié d’une aide à l’écriture
de la dmdts/ ministère de la culture diphtong cie est conventionnée par le ministère de la culture
et de la communication, la drac paca et subventionnée par la ville de marseille, le conseil régional paca
et le conseil général des bouches-du-rhône

Auteur, metteur en scène, scénographe, Hubert Colas
aime la chair des mots. Qu’il travaille sur ses propres textes (Temporairement épuisé,
Terre, Sans faim), ou sur ceux de Christine Angot, (Nouvelle Vague), de Sarah Kane
(Purifiés) ou de Shakespeare (Hamlet), il fouille à l’intérieur de la langue pour lui
redonner sa vitalité et son souffle, pour faire théâtre dans la puissance de l’instant.
Rien d’étonnant donc à ce qu’il se soit emparé de ce texte de Sonia Chiambretto,
qui, témoin du monde et de sa parole, a "composé [son texte] comme une partition
sonore, [faite] d’une langue nouvelle dont la structure même, dans sa composition
et ses respirations, constitue une matière sonore". Chto, interdit aux moins
de 15 ans, Mon képi Blanc et 12 soeurs slovaques, forment une trilogie.