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Note d'intention

Sonoma


« S’il il y a un paradis, il est ici et maintenant »   Luis Buñuel


« Sonoma » est un mot qui n’existe pas dans la langue espagnole. Il contient cependant les particules du grec soma (« corps ») ou du latin sonum (« son ») : corps du son et son du corps.


Aujourd’hui, nous vivons l’histoire à toute vitesse, si rapidement et à un rythme si effréné que nous parvenons à peine à la suivre. Plus personne ne sait vraiment ce  qui se passe. Nous tombons en avant et, au cours de cette chute accélérée, comme sur des montagnes russes, nous crions. « Sonoma » serait alors ce son du corps en train de chuter, notre rage pour continuer à croire que nous sommes vivants, que nous sommes éveillés.


« Sonoma » est le cri de l’homme soumis à ce rythme, limite de son existence, duquel provient le hurlement primitif du corps, le pouls de l’humanité pour survivre et se sentir vivante. « Sonoma » est la certitude que le virtuel et le numérique ne peuvent être dépassés que par un retour à l’origine.


« Sonoma » est né de la nécessité de revenir à l’origine, au corps, à la chair. Puis de la chair et de la matière organique, se perdre en un voyage entre songe et fiction, dans lequel l’humain rencontre l’extraordinaire. Rendre étranges les choses les plus quotidiennes,  en renonçant à construire des significations, en laissant les signes germer et proliférer par eux-mêmes ; en communiquant avec les couches les plus irrationnelles de tout être humain, là où ce qui est uni demande à grands cris à être séparé, et là où ce qui est séparé cherche à s’unir à nouveau.


« Sonoma » a aussi un autre sens. En langue indigène, le terme signifie : Vallée de la Lune. Selon le mythe, la Lune vient se lover dans  les plaines chaque nuit. Et là, les cris, les hurlements et les détonations des tambours composent une pulsation hypnotique, comme celle d’une berceuse enfantine qui, loin de nous stimuler à l’excès, nous accompagne  et nous apaise.


Luis Buñuel n’a jamais été aussi actuel : il a parfaitement vu ce que nous réservait l’avenir lorsqu’il a trouvé, dans le son des tambours de Calanda et de tout le Bas-Aragon, ce cri dirigé sans détours à nos entrailles. C’est parce que Buñuel est déjà passé par ici, en écoutant le son de l’abîme qui s’ouvre lorsque l’imagination humaine est libre, mais que l’homme ne l’est pas.

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