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Note d'intention

Radhouane El Meddeb et Malek Sebaï

 

« En son temps, Habiba M’sika était une artiste influencée par les avancées de la modernité européenne. Elle refusait d’être « passive, subissant le cours des événements, objet et non sujet de l’histoire ».


L’histoire de cette icône des années 1920 donnera naissance à une écriture scénique qui prendra racine dans un terreau commun, celui d’une culture partagée.
Mais elle servira avant tout à questionner, à nouveau, les conflits toujours présents dans des sociétés, qui prônent le repli identitaire et l’aliénation, au nom de traditions « intouchables ». Le temps, semble-t-il, a peu d’emprise sur le cours des événements.
En 1920, le destin de Habiba M’sika, a été brisé par les abus d’une attitude fanatique, qui se répète inlassablement.


En 2020, nous travaillerons donc sur les traces laissées par Habiba M’sika.
Ces traces trouveront un écho dans le corps de l’interprète, dans le regard du chorégraphe et sous les doigts du musicien. Nous explorerons ensemble ce continent de la mémoire, à travers le prisme de notre propre histoire, nous, les dépositaires d’un monde enfoui et disparu, mais qui par un tour habile de la nécessité ou du hasard, a rejailli des entrailles du temps et nous invite à l’interroger, lui donner corps, l’exposer.


L’évidence pour nous, aujourd’hui, est de nous réinventer, de nous dépasser et de nous perdre...
C’est de notre propre transgression dont il s’agit maintenant. La fougue de cette diva, ressuscitée, nous permettra encore une fois de nous raconter.
De raconter notre passion pour la scène, pour la danse... avec la qualité de notre danse et sa portée lyrique et politique.
Nos parcours, nos destins croisés et nos regards si différents... La musique racontera cet amour et une époque, qui est est entrain de disparaître...


Dans les dédales de cette exploration, nous irons rencontrer le chant de Habiba.
De cette voix, que reste-t-il ?
Danser sa voix, chercher dans son existence ce qui nous fait écho, à nous, et peut-être à d’autres, descendants, héritiers, dépositaires, contemporains.


Radhouane El Meddeb a quitté la Tunisie, Malek Sebai est rentrée dans son pays.
Nous avons tous les deux expérimenté ce que signifie porter une identité forte.
D’être immergés dans une culture que nous avons finalement portée comme une seconde nature.
Cela nous conduit-il à l’acculturation, ou cela crée-t-il une culture hybride et riche, qu’il est urgent pour nous de revendiquer et d’accepter aujourd’hui ?


Ce solo explorera ce que c’est que d’être un artiste créateur, dans une société arabe méditerranéenne.
Il explorera la dichotomie entre le fait de venir d’un pays arabe, avec ses codes et sa culture, et le fait d’utiliser un outil occidental pour créer.
En son temps, Habiba M’sika était critiquée pour son utilisation des techniques de chant européennes.


Depuis 2011, la Tunisie évolue dans un contexte moins hostile à la diversité des opinions et à la liberté d’expression. En 1920, M’sika faisait déjà usage de sa liberté, à un niveau extrême, dérangeant pour ses contemporains.
A-t-elle dépassé les limites?
Sa mort tragique par le feu en est la réponse.


Nos « Cheikhs » demandent aujourd’hui aux femmes de retourner dans leur cuisine, et demandent fermement que les moyens attribués à la culture, soient utilisés à des fins « utiles ».
La culture est considérée comme « futile ».
C’est le premier pas vers la définition de nouvelles limites du tolérable.


Malek est une femme arabe.
Elle parle français, elle chante en Arabe, elle a interprété des ballets classiques tels que Giselle ou le
Lac des cygnes et elle ne peut pas s’empêcher de danser quand elle entend de la musique tunisienne traditionnelle.
Futile?


Radhouane est un homme arabe, il danse et chorégraphie.
Il vit aujourd’hui dans un contexte européen. Ses origines sont présentes dans sa vie et il continue de les questionner dans ses œuvres.
Futile ?


Pouvons-nous aujourd’hui, comme jadis Habiba, désobéir aux ordres, aux lois et faire preuve de notre liberté ? Faire preuve de notre existence, dans un contexte de plus en plus complexe et répressif...


Puissions-nous utiliser ce que nous sommes aujourd’hui, nous, individus, femmes, hommes, Tunisiens, danseurs, libres, aliéné.e.s, modernes, agnostiques, religieux et religieuses, athées ou sceptiques et creuser, au plus profond de nos corps, des sensations, des souvenirs, pour raconter à haute voix l’histoire d’Habiba, empruntée à hier, pour nous raconter aujourd’hui. Qui était-elle ?
Qui sommes-nous ?
Serons-nous à nouveau dévorés par le feu ? »

 

 

- Radhouane El Meddeb et Malek Sebaï

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