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RENCONTRE AUTOUR D'INVITED

« Comment puis-je en une heure de temps créer une communauté entre acteurs et public ? » Voilà la question centrale qui a incité Seppe Baeyens à la réalisation d’INVITED.

 

« La reconnaissabilité est une chose très importante quand on veut inciter les gens à une participation active en tant que public. C’est pourquoi je travaille avec une équipe intergénérationnelle et diversifiée dans laquelle le spectateur peut se reconnaître à différents niveaux. Le contexte culturel intervient, mais il y a aussi le caractère et l’âge. » « Nous cherchons à refléter la société dans toutes ses facettes », complète Kristin Rogghe, qui l’assiste en tant que dramaturge, « mais nous bouleversons consciemment les rapports de pouvoir qui prévalent dans notre société contemporaine. Notre équipe se change en communauté et, comme dans la vie quotidienne, tout repose sur l’interaction. Les acteurs apprennent à échanger entre eux et avec le public, qui est a son tour invité à monter sur scène et à devenir une partie du tout. Les gens ont une chance de nouer dans un espace sûr des contacts avec d’autres qu’ils ignoreraient peut-être s’ils les avaient croisés « dehors ».


« INVITED est un exercice d’être ensemble » précise Baeyens, « Quelles sont les possibilités offertes à la création de lien par la danse comme langage universel ? Il s’agit d’apprendre à partager l’espace, à regarder/à être regardé. Je veux montrer que tout le monde peut signifier quelque chose dans notre communauté, si modeste soit sa contribution. Mon but n’est pas de le faire en choquant ou en dirigeant les spots droit sur le public. Chacun doit être libre d’être lui-même et de prendre part… ou non. »


C’est aussi de là que vient le titre INVITED. Le public est invité à monter sur scène et à participer activement. En effaçant la frontière mythique entre « visiteur » et « performer », Baeyens amorce un jeu et rend la danse contemporaine plus accessible. « Petit à petit, on apprend à connaître les règles du jeu. Les relations qui naissent entre performers et public ou au sein de celui-ci débouchent sur des lignes narratives personnelles qui colorent les fondements d’INVITED » explique Rogghe. « Il existe une structure établie à l’avance, ou, disons, des points d’ancrage. Pendant INVITED, tout le monde accomplit un parcours ensemble, mais le vécu personnel dépend des choix de chaque individu. »

Comment arrive-t-on à ce qu’un public prenne activement part à l’écriture d’un récit collectif ? « Les acteurs se mêlent à l’assistance, qui ne se doute de rien, avant même que la représentation ne commence. Ainsi, on ne sait pas tout de suite très bien qui est acteur et qui ne l’est pas. Une première barrière est déjà surmontée. Une fois la représentation en route, la différence entre spectateurs et acteurs apparaît lentement » explique Baeyens. « Nous augmentons l’intensité des interactions au fil de la pièce. Jamais nous n’abandonnerions quelqu’un à son sort dès la première minute. Les acteurs ont une boîte à legos pleines de briques chorégraphiques. Peu à peu, ils les utilisent pour parvenir collectivement à un récit. Parmi les éléments scénographiques qui aident à la participation, il y a « Rope », une oeuvre signée Ief Spincemaille avec laquelle le public interagit. (…) La diversité de l’équipe constitue ici aussi un atout. Quand quelqu’un voit Léon, 94 ans, sur scène, il se dit : Si lui en est capable, je le suis aussi. » Nous voudrions que la tendance participative se répande comme un virus. »


Bien que Baeyens prenne lui-même part à la représentation, il laisse le plus souvent ses danseurs et le public expérimenter librement. Non pas qu’il laisse chacun faire ce qu’il veut – l’ensemble est solidement cadré – mais il attend de la spontanéité de la part du public et les acteurs doivent être un exemple pour ce dernier. Les musiciens live, un trio dirigé par Stef Heeren, ajoutent également à la spontanéité du processus. « La musique noue directement un dialogue avec la danse. Je savais dès le début que ce serait un facteur très important et stimulant. Il y a une partition de base, mais les danseurs, le public et les musiciens doivent sans cesse essayer de se sentir et apprendre à se faire confiance, de manière à mener le jeu à bien. »

 


Pieter D’Hooghe